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Divriği, les Portes du Paradis…se trouvent en Turquie

Au milieu des collines rocheuses ocre, paysage caractéristique et sublime de la campagne anatolienne, des maisons au toit de brique apparaissent au bout de la route et on distingue bientôt le sommet de quelques minarets. Voici Divriği, un village calme et paisible où règne le silence des plaines arides de Turquie.
Mais sous ses airs de petit bourg rural isolé de tout, Divriği abrite une des merveilles de l’architecture turque, un monument digne des grandes capitales historiques : la Grande Mosquée de Divriği. Il s’agit plus exactement d’un complexe de plusieurs bâtiments qui comprend l’Ulu Camii (Grande Mosquée) et le Darüşşifa (l’Hôpital). L’ensemble se trouve au sommet du village, et sur la colline voisine, on peut aussi apercevoir quelques vestiges de l’ancien Château de Divriği.

Les Portes de Divriği ou « Portes du Paradis »



Ce qui fait la renommée de ce complexe sont ses incroyables portes sculptées, qui laissent bouche-bée et admiratif le visiteur et qui ont d’ailleurs valu le classement du site au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
On pourrait passer des heures à admirer ses portes, en scrutant chaque détail sculpté dans la pierre, essayant de décrypter les symboles, les histoires et les légendes qu’il y a derrière chacun des reliefs… Des fleurs, des calligraphies arabes, des étoiles, de nombreux motifs géométriques, des cœurs mêmes, des tulipes, symbole de l’unité divine incarnée dans le dieu unique Allah, une diversité impressionnante qui laisse imaginer sans peine les heures de travail qu’il a fallu pour les sculpter. Mais au lieu de se lancer dans de longues descriptions, laissons la parole à Evliya Çelebi, (1611-1682), un célèbre voyageur de l’Empire Ottoman, qui, arrivé devant les Portes de Divriği, s’exclama : « Les langues sont muettes, les crayons sont brisés ».
Cette expression simple et succincte aux mots biens choisis résume parfaitement le saisissement dont est pris le voyageur devant ces imposantes et sublimes portes.

La Grande Mosquée et ses Portes, ou l’œuvre d’un bey en quête de gloire...



Auparavant, le village de Divriği faisait partie du Megujekid Beylik sous l’autorité du Bey Ahmet Shah. Le bey peut être considéré comme l’équivalent des seigneurs en France : les beys gouvernaient leur territoire (appelé un bey ou beylik), et prêtaient souvent allégeance à d’autres souverains plus puissants. Le Bey Ahmet Shah avait prêté allégeance aux Seldjoukides qui dominaient la Turquie au XIIème siècle. C’est lui qui fit construire la Grande Mosquée qui date donc de cette époque, et dont l’architecture recèle d’empreintes seldjoukides.

Au niveau de la Grande Mosquée ou Ulu Camii, on distingue trois grandes portes sculptées, chacune portant un nom qui lui est propre : la Porte Ouest, la Porte du Paradis et la Porte du Shah et aucune ne se ressemble. Sur la Porte Ouest, on peut voir d’innombrables reliefs dont l’Aigle à deux têtes, emblème de l’Empire Seldjoukide, qui voyait dans l’aigle un symbole de force et de grandeur. A ses côtés, on peut voir un faucon, tête inclinée vers le bas. Ce faucon est le symbole des Megujekids, dynastie à laquelle appartenait le constructeur de cette mosquée. La tête du faucon est inclinée pour montrer son allégeance et son respect à l’Empire Seldjoukide.

La Porte du Paradis, immense, porte bien son nom : la méticulosité, la précision, et la richesse du moindre centimètre carré de pierre composant cette porte lui ont valu ce surnom, et la Porte du Paradis est souvent considérée comme la plus impressionnante et la plus majestueuse. Mais ce surnom provient aussi du fait que l’ensemble des décorations représentent le Paradis et les versets coraniques qui y sont sculptés ont également attrait au à cet éden.

A l’arrière de la mosquée se trouve la Porte du Shah, plus modeste que les deux autres. C’est par cette porte que le Shah, titre qui désigne un monarque ou un souverain, entrait dans la mosquée. La porte d’entrée est basse dans le but d’obliger le Shah à s’incliner en entrant. Ainsi, il montrait que même si en temps normal, il était supérieur aux autres hommes, il restait inférieur à Allah et s’inclinait devant lui.

L’intérieur de la mosquée, très sobre, contraste avec son extérieur si exubérant et démesuré. On y retrouve les éléments classiques d’une mosquée : le mihrab, une niche creusée dans le mur indiquant la qibla, c’est-à-dire la direction de La Mecque et le minbar, chaire sur laquelle monte l’imam pour diriger la prière. Ce minbar est à l’image de la splendeur extérieur de la mosquée : entièrement sculptées dans de l’ébène, il arbore des motifs à la finesse  et à la précision dignes des portes. Lorsque l’on s’approche, on réalise avec quelle minutie le sculpteur a réalisé cette œuvre : i y a en effet consacré plus d’une dizaine d’années !

... et Darüşşifa (L’Hôpital) et la Porte Couronnée, l’œuvre de sa femme



Adjacent à la Grande Mosquée, l’Hôpital ou Darüşşifa a lui aussi de quoi éblouir le visiteur : sa porte principale, portant le surnom de Porte Couronnée est monumentale et aussi sublime que la Porte Ouest et la Porte du Paradis.

Cette partie du complexe fut construite non pas par le Bey Ahmet Shah  mais par sa femme, qui finança la totalité de la construction de l’édifice. Elle se nommait Turan Melek Sultan, ayant elle-même ajouté la particule « Melek » à son nom qui signifie « déesse »!

On soignait dans cet hôpital des patients victimes de maladies mentales. Lorsque l’on pénètre à l’intérieur, on découvre sur les côtés les chambres des patients et au fond une estrade surélevée où des musiciens jouaient de la flûte en permanence pour calmer les malades.  Au centre, se trouve un bassin avec un écoulement en spirale. On pensait que le clapotis de l’eau, mêlé au chant de la flûte et à l’étude de textes sacrés permettraient de calmer les malades et de les soigner à long terme.

 Si toutes les portes n’ont pas la même renommée et que certaines semblent plaire plus que d’autres aux voyageurs, elles méritent néanmoins toutes le nom de « Porte du Paradis », en hommage à leur beauté, et à la méticulosité des artistes qui les ont patiemment sculptées. Cet édifice reste méconnu, et peu de touristes s’y arrêtent mais le bâtiment vaut le détour, et son emplacement reculé, en retrait des grandes villes historiques de Turquie ne fait qu’ajouter à son charme.





Proposé par : LVA
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