Perchée sur les contreforts montagneux qui dominent la côte nord de Taïwan, Jiufen n’aurait sans doute jamais vu le jour sans les richesses enfouies sous ses sols. À la fin du XIXᵉ siècle, la découverte de gisements d’or transforme ce hameau agricole en un centre minier en plein essor. Les mineurs affluent, des maisons s’élèvent à flanc de montagne, et Jiufen devient, en quelques décennies, l’un des pôles économiques majeurs de la région.
Durant la période de l’occupation japonaise, l’exploitation minière s’intensifie et s’organise. Routes, infrastructures et logements ouvriers redessinent le village tout en s’adaptant à un relief contraignant. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’or se raréfie. Les mines ferment progressivement et entraînent un lent déclin démographique. Beaucoup quittent Jiufen.
Ce paysage abrupt a pourtant toujours dicté le rythme de vie local. Les pentes escarpées interdisent les grandes avenues. Ici, l’on se déplace à pied, par des escaliers étroits et sinueux. Les maisons s’imbriquent les unes dans les autres. Le climat, humide et brumeux, a façonné une architecture fonctionnelle : toits inclinés, avancées protégeant de la pluie, matériaux résistants aux moussons. Cette relation intime avec la nature forge un mode de vie fait de lenteur, d’adaptation et d’observation.
Lorsque l’activité minière s’éteint, Jiufen refuse pourtant de disparaître. À partir des années 1990, le village entame une transformation discrète mais décisive. Les anciennes habitations sont converties en maisons de thé, en ateliers et en galeries. Les ruelles autrefois désertées retrouvent leur lot d’artistes, d'artisans et d’habitants soucieux de préserver l’âme du lieu.
L’or a quitté la montagne, mais c’est une autre richesse qui a pris le relais : celle du geste, du savoir-faire et de la créativité.