Le Mag - Colombie

Le Festival de la Culture Wayúu

 Tout a commencé en 1984 avec la première élection de la "majayut", ou femme wayúu.
A la différence de la plupart des concours de beauté qui récompensent des plastiques irréprochables, cette élection était basée sur la connaissance de la culture traditionnelle wayúu.

Ce fut un succès, et on suggéra d'aller plus loin et de dévoiler l'essence même de cette culture à travers ses diverses expressions : danse, cuisine, jeux, médecine, musique, artisanat ...

C'est ainsi que fut instauré l'année suivante le festival de la culture wayúu, qui s'est imposé au fil des années comme l'une des plus importantes manifestations culturelles de Colombie.

L'un des rares peuples autochtones non soumis



Les Wayúus (ou Wayus, ou Wahiros) sont un peuple amérindien qui occupe la péninsule de la Guajira, à cheval sur la Colombie (province de la Guajira) et le Venezuela (province de Zulia) depuis le Ier siècle avant JC.

Le terme "wayúu" est celui qu'ils utilisent pour se désigner eux-mêmes, et signifie personne, indigène de la même ethnie, allié.
Par opposition, le mot "kusina" désigne les autres indigènes.
Quant au terme "arijuna", il désigne l'étranger, l'ennemi, ou le conquistador qui ne respecte pas les normes wayúus.

Contrairement à la plupart des peuples autochtones d'Amérique latine, les Wayúus ne furent pas soumis par les envahisseurs européens.
D'une part du fait de leur résistance farouche, mais aussi (surtout ?) de la nature semi-désertique du climat de la région.
Cela compliquait la conquête du territoire, tout en la rendant peu attractive : qu'y avait-il à posséder dans cette zone aride et pauvre ?

Ce n'est qu'après l'indépendance de la Colombie et du Venezuela au XIXe siècle que les Wayúus furent méthodiquement réduits et assujettis.
Cela bouleversa profondément leur économie, basée sur la chasse, la pêche et l'horticulture : après la confiscation des territoires ancestraux, les Wayúus se tournèrent vers l'élevage (principalement d'espèces introduites par les Européens, chèvres, vaches, cheval), l'extraction du sel, le commerce (perles, artisanat ...).

L'emprise des jeunes républiques colombiennes et vénézuéliennes ne s'accompagna pas, comme on le vit ailleurs en Amérique latine, d'une volonté de persécution et d'extermination systématique des indigènes.
Ainsi les Wayúus bénéficièrent d'une relative tolérance, voire d'une certaine autonomie pour perpétuer un mode de vie millénaire dont voici quelques caractéristiques.

Une culture riche et admirablement préservée



La mythologie wayúu suppose l'existence de nombreux esprits (1), qui communiquent avec les humains à travers les rêves, qui jouent un rôle de premier plan (leur interprétation peut modifier radicalement les projets d'une personne ou d'une communauté).
D'ailleurs l'un des personnages centraux de la communauté est le "piachi", ou shaman, qui a acquis un pouvoir spirituel à travers l'expérience visionnaire vécue durant des rêves ou des transes, considérées comme l'incorporation de son esprit protecteur (Seyuu).

La fertilité nait de l'union du père pluie (Juya) avec la terre mère (M'ma).
Juya parcourt le territoire wayúu, qui figure l'organe sexuel de la terre en attente de fécondation par sa semence (sous la forme de gouttes de pluie).
Cette conception détermine le caractère matriarcal de la famille wayúu.
S'il y a polygamie, la femme joue un rôle prééminent comme élément de stabilité de la famille, qu'elle protège en restant au foyer (tandis que l'homme s'en absente pour fertiliser ses autres femmes).

Plus largement, l'organisation sociale repose sur un système clanique (2) dans lequel l'administration de la justice repose sur le "pütchipü" ou "pütche'ejachi" (soit littéralement "le porteur de mots" ou "palabreur") chargé de résoudre les conflits entre clans.

La mort, tenue pour l'un des moments les plus importants de la vie, donne lieu à deux veillées funèbres.
La première célère la mort physique et précède l'enterrement dans la "Jepirá", le Cabo de la vela (littéralement cap de la chandelle), un promontoire rocheux au nord de la péninsule de la Guajira.
Là repose le défunt jusqu'à la seconde veillée, qui accompagne l'exhumation des restes et leur enterrement définitif sur le territoire du clan maternel, où l'esprit du mort prend le chemin de l'éternité.

Dans une culture de tradition orale, les textiles sont utilisés pour signaler l'appartenance à tel ou tel clan, et transmettre la mémoire via des motifs colorés d'une grande créativité.

Les différentes activités quotidiennes, les festivités et les rituels sont la plupart du temps accompagnés de musique traditionnelle, principalement jouée avec des flûtes, des sifflets et des tambours.

Enfin une culture ne saurait être définie sans une langue propre, le wayuunaiki, toujours parlé par 97% de la population (alors que l'espagnol n'est pratiqué que par 32%).

Un festival haut en couleurs



C'est cet ensemble de rites et coutumes que le festival de la culture wayúu vise à sauvegarder et promouvoir.
Il se propose également de favoriser le dialogue, les échanges et la coopération entre les cultures caribéennes.

De nombreuses activités sont au programme :
Démonstration et exposition d'artisanat (surtout textile et céramique), dégustation de plats traditionnels (notamment le "friche", réalisé à base d'abats de chèvre, ou le cabri grillé), concours de musique et de danse rituelle, concours de narration durant lesquels l'histoire des clans est racontée sous forme de chants ou de poésie, concours de tir à l'arc, course de chevaux, forums de discussion et conférences, concours de lutte ...

Mais ce qui rend le festival de la culture wayúu particulièrement original et vivant, ce sont les représentations théâtrales des rites et coutumes réalisées par les jeunes de la communauté : la veillée funèbre, le mariage, la danse de la chèvre ...

Et bien sûr la "yonna" (ou "chichamaya"), l'emblématique danse wayúu, que l'on exécute à de nombreuses occasions : en remerciement à Maleiea, l'exprit créateur, pour des récoltes abondantes, lors de la présentation de jeunes femmes à la société, pour célébrer une révélation importante lors d'un rêve ...
Considérée comme une façon de maintenir l'harmonie entre les Wayúus, la yonna est précédée de sacrifices d'animaux, afin que les esprits soient satisfaits.Elle est exécutée par un homme et une femme vêtus traditionnellement et maquillés selon la nature de ce qui est célébré, dans un espace circulaire préalablement nettoyé (le "pioui").
L'homme pénètre le premier dans le pioui, et invite la femme à le rejoindre.
Puis, au son du tambour, la femme poursuit l'homme en ouvrant largement son voile avec ses mains, tandis que l'homme se déplace à reculons en évitant de chuter.
 C'est une danse libre, mais dont certains passages sont codifiés. La femme devra tour à tour exécuter certains figures imposées : karaikuya (imitation du courlis, un oiseau de petite taille aux longues pattes), majayülü (mouvement des seins), jayamulerüyaa (imitation de la mouche, unique partie de la danse où plusieurs femmes peuvent danser autour d'un seul homme).

La yonna s'achève lorsque l'un des danseurs abandonne par fatigue. Si c'est la femme, elle se laisse tomber au sol. Si c'est l'homme qui rompt le rituel sans être tombé, il est félicité par les autres hommes, tandis que la femme est complimentée pour son élégance.

Le festival a lieu à Uribia, plus grande agglomération wayúu de Colombie, à dates variables (3).





Proposé par: Terra Colombia


1 Maleiea le créateur, Pulowi la première femme, Juyá la pluie, Yoruja l'esprit errant des morts ...

2 24 clans, ou "eiruku" sont dénombrés, qui encadrent toujours la vie des 400 à 500.000 Wayúus recensés entre Colombie et Venezuela (ce qui en fait la plus importante communauté indigène dans chaque pays).

3 En 2013, les 16, 17 et 18 août.

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